L’énigme Malgache

Les dernières études menées par Afrobarometre ont fait bondir les classes malgaches, qu’elles soient Bourgeoises, moyennes et même rurales. Le plus étonnant, c’est que cela semble surprendre d’apprendre qu’ à force de régresser, on finit par être la lanterne rouge des pays les plus pauvre de la planète. Nous reviendrons sur des commentaires à propos de chiffres sur cette situation. Mais je voudrais pousser la réflexion sur la nécessaire réforme de mode de penser et surtout du mode d’action. Ce petit sursaut d’orgueil serait il le point de départ d’une prise de conscience que le peuple malgache mérite mieux que la dernière place en terme de pauvreté…

1. Un constat

Revenons maintenant sur ce mystère malgache. Les études menées depuis des dizaines d’années révèlent toute uniformément que Madagascar est sur un déclin régulier depuis la colonisation, depuis l’indépendance pour ne pas choquer le très susceptible lecteur. La combinaison du PIB par tête ainsi que du taux de croissance, démontrent la tentative de reprise économique post crise, mais surtout une tendance linéaire de récession depuis 50 ans.

PIB_Croissance

Source: INSTAT (2012) ; calculs des auteurs. Note : PIB par tête en FMG constant de 1984.

Diverses enquêtes sur la consommation des ménages permettent de démontrer que le niveau de vie des malgaches et leur pouvoir d’achat est en recul constant.

PIB et consommation par tête 1960-2010 PIB_conso

Taux de pauvreté 1960-2010Tx_pauvreté

Source : INSTAT, MADIO, DIAL, comptes nationaux et différentes enquêtes auprès des ménages

Traditionnellement, l’augmentation de la pauvreté est un des facteurs de recrudescence de violence et d’insécurité. Cependant, en comparant le ‘modèle’ malgache à d’autre pays du continent africain, il ressort que les actes de délinquance ont été marginaux jusqu’à ce jour en proportion du niveau de pauvreté. Je parle au passé car depuis quelque mois cette tendance de passivité semble laisser place à des agressions quotidiennes de plus en plus nombreuse (cf faits divers de la presse).

2. Une Histoire

Un retour à l’histoire avec un œil politique économique est indispensable pour comprendre cette dérive de Madagascar. Vous pardonnerez le raccourci pour ne pas être trop lourd, et long afin de passer rapidement des constats aux hypothèses de solution.

Avant la colonisation, l’aristocratie Andriana tirait la légitimité son pouvoir de l’héritage de leur descendance Royale. L’institutionnalisation de l’Etat et le développement du commerce font naitre les grande Familles Hovas couvrant les fonctions administratives, militaire et commerciales, sous une forme encore très féodale.

La colonisation et l’indépendance en 1960 transformèrent l’hégémonie Merina en permettant l’émergence d’une élite côtière, tout en s’appuyant fortement sur les compétences Merina au sein de l’administration.

La période qui suivit 1972 correspond à la malgachisation de l’économie et de la société. L’ordre ‘sociale’ qui devait en découler est finalement resté dans la lignée des précédents avec une personnalisation du pouvoir et une forme très centralisée de l’administration. Un tournant libéral est intervenu en 1985 confirmant la naissance d un nouveau groupe de dirigeant autours du président monopolisant le pouvoir au détriment des anciennes élites qui sont resté toutefois à la périphérie du pouvoir économique.

La fin du règne Ratsiraka en 1991 marqua la tentative d’un régime parlementaire. Ce qui voulait être la fin d’un régime de personnalisation du pouvoir aboutit finalement à une recrudescence de partis ayant surtout des intérêts particuliers a défendre. Cette période affaibli encore l’Etat. Cela se termine par le retour de l’ancien président Ratsiraka qui s’empresse de raffermir le pouvoir présidentiel. Il instaure les provinces autonomes dans le seul but de verrouiller le pouvoir autour de son parti AREMA, loin des prétextes de décentralisation.

Une période de croissance surtout urbaine grâce aux zones franches permis a une élite de sortir, en laissant le milieu rural dans l’indifférence totale. Pire encore, l’affichage ostentatoire de ces nouvelles richesses ont attiser le mécontentement des lésés par cette fracture sociale.

L’émergence d’un homme (Ravalomanana) ni noble, ni héritier, mais self made constitue l’espoir de cette classe déshéritée par les régimes qui se sont succédés. Dorénavant, le pouvoir pouvait être accessible à n’importe qui. Une nouvelle formule de l’accaparement clanique du pouvoir était née. Mais la personnalisation du pouvoir le mène au même chemin que ces prédécesseurs par ses abus d’autorité, le peu de discernement fonds publics et privés, l’accaparement des espaces publics et la monopolisation de secteurs économiques. La fracture au sein des militaires, ainsi que le clivage du à la concurrence des religieux conduisent les même forces d’opposition qui l’avait mené au pouvoir à son exil.

Nous sommes donc arrivé en 2009 ou le jeune DJ accède par la force au pouvoir. Pas besoin de vous raconter la suite …

 

Cette revue rapide de l’histoire longue montre que derrière les discours et les idéologies affichées qui ont pu varier dans le temps, le système et les pratiques au sommet de l’Etat ont peu évolué.

Il en ressort que la politique malgache est bâtie sur 2 piliers très solides :

“Traditions et continuité”

La genèse des crises varie finalement peu les unes des autres. En 1972, inégalité de développement, main-mise française, néocolonialisme. En 1991, aspiration démocratique des classes moyennes. En 2002, gouvernance démocratique, homme nouveau, fraudes électorales. En 2009, gouvernance, développement sans partage des richesses, clivage sociale

3. Madagascar et ses démons

Il existe de nombreux facteurs de ralentissement du développement a Madagascar.

La fragmentation sociale est de loin celui qui est l’handicap majeur à une remise sur les rails. Nous avons vu précédemment que la tradition est un pilier du mode de fonctionnement malgache. La société est hiérarchisée, classée de manière inégalitaire selon ses origines héritées. Une culture qui persiste depuis toujours malgré les avancées politico-socio-économiques du pays. Le Fihavanana ne peut rien y faire tant il est ancré.

 

L’exclusion de la population rurale des orientations politiques est un frein. Malgres la faible densité de population, ils représentent pres de la moitié des individus qui sont exclus, a la fois du débat, mais aussi d’un quelconque avenir.

Interet_affaire public

Sources : Enquête Afrobaromètre, Coef-Ressources et Dial (pour Madagascar), 2008

Ces chiffres traduisent le peu d’interet que porte le monde rural sur les affaires publiques.

 

L’inertie sociale long terme ; on le voit par les chiffres ci-dessus, il est tres difficile pour une population rurale de se mobiliser pour un quelconque changement, tant ils sont marginalisés. Comment faire entendre sa voix si ce n’est par un chef traditionnel, instruit qui a accès à la ville. Ils sont d’autant plus désabusé que leur représentant se soucis peu de transmettre leurs aspirations.

 

L’instabilité politique est un des facteurs, issus avant du de la fragmentation sociale expliquée ci dessus. Il est très difficile aux groupes dirigés par des élites de former une coalition durable, car la personnalisation de leurs structures, basées sur la défense d’intérêts personnels varient très rapidement à l’image d’une fleur appelant les abeilles pour butiner… (image pour être poli !) Cette instabilité est d’autant plus renforcée que le lien étatique entre le président et la population est quasi inexistant.

 

Les bailleurs de fonds jouent un Rôle qui est aussi mal perçu par la population et ses dirigeants. Les orientations préconisées, ont une tendance à affaiblir leur image car leurs choix politiques n’ont pas toujours été couronnés de succès. Durant les 20 dernières années, les PAS (Plans d’ajustements structurels) n’ont pas démontré leur pertinence en terme de croissance. L’impact long terme a même été plutôt nocif : décrédibilisations du système étatique, précarisation de l’action publique.

4. Solution et conclusion

Au travers les Elites : Certains voudraient qu’une des solutions serait d’inciter les Elites à s’organiser en faction pour un meilleur encrage dans la population. Faire régner leur autorité par la menace de l’usage de la violence et la force. Un gage de retour à la stabilité par l’usage de la force !?! Grace à une stabilité retrouvée, infléchir leur politique pour un repartage des fruits du développement. Cela équivaudrait à un abandon d’un schéma démocratique en priorisant une stabilité.

 

Un retour aux institutions : Une autre solution serait de stimuler la reconstruction du corps intermédiaire de l’état qui est quasi inexistant. Profiter du peu de cohésions des élites entre elles, pour donner plus de voix au peuple et ainsi dynamiser la démocratie. Assurer la participation de la population au développement

 

Conclusion :

Il n’y a pas de solution durable sans intégrer cette donne culturelle évoquée au début de cette réflexion. Cette prise en compte de l’aspect sociale du problème est le gage du bon chemin quelque soit la solution choisie. Le dialogue, la compréhension mutuelle et surtout le pardon doivent être les modes opératoires et les valeurs d’ou émergeront les bases d’une sortie de crise. Il n’y a pas qu’un problème d’incompréhension entre malgache. Il y a aussi un problème de réconciliation du malgache à sa terre.

 

 

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